« La Plage » repère pour quadra en manque de minettes. J’y ai mes habitudes. Le barman me sert toujours mon mojito avec double dose de rhum. La petite blonde, ça a semblé l’impressionner un peu. Enfin c’est ce que j’ai cru. Je lui ai payé deux verres, j’ai posé des questions sur son job. Je me suis même extasié sur la couleur de ses cheveux. Ce soir là, il y avait une ruche de nanas. Des petites abeilles qui ne demandaient qu’à être butinées. Mais ce soir là la petite blonde sage m’a accrochée l’œil. Elle paraissait si triste et perdue dans ce bar. J’ai toujours voulu faire du bénévolat et là le jeu se présentait facile. Elle ne causait pas beaucoup mais sa bouche m’aurait fait dépenser une partie de mon salaire. Une bouche épaisse, de belles lèvres sans maquillage, une qu’on attrape, une de celle qu’on engloutit sans prendre la peine de respirer. J’en ai embrassées de nombreuses, des fines, des sèches, des humides, des rouges, des cosmopolites, des fermées et des généreuses. Celles de la blonde brillaient comme un sapin de Noel. Quand elle les entrouvrait, j’y voyais un bout du paradis. Une petite langue qu’elle faisait danser machinalement dessus en une ronde hypnotique. C’était pourtant pas une allumeuse ma petite blonde. Plutôt carrément réservée. Elle avait été gênée quand je lui avais offert à boire. Elle avait rendez vous avec son amie mais elle venait de recevoir un texto. Trop de travail. « Tant mieux pour moi ». Elle a souri et c’est là j’ai vu sa langue. J’aurais dû lâcher l’affaire. Faire confiance à mon radar à embrouilles. Mais j’ai continué à boire et à lui parler. La faire boire et la laisser à peine parler.
Vers 1h45, la lumière s’est rallumée. Elle s’appelait Clara. Je l’ai surnommé Mel. Elle a trouvé cela charmant, ça faisait américain. En vérité Mel c’était pour Mélancolie. A la lumière des spots, la tristesse du monde semblait s’être posée sur sa tête. Elle se tenait légèrement voutée et avait perdu son sourire entre deux portes. J’ai cru qu’elle l’avait déposé aux vestiaires mais quand on est arrivé chez elle, elle ne l’avait pas retrouvé. J’ai pensé une minute lui proposer de repasser un autre soir. Mais bon, on ne peut pas dire que je suis un gars bien ni un type courtois à deux heures du mat’. Et puis son décolleté m’avait excité comme un fou. Tant pis elle ne souriait pas mais j’arriverais bien à la faire crier. Et puis j’aimais bien les causes perdues, les chiens écrasés, les filles qui rentrent seules. C’est mon côté social.
On est resté dans le salon. Nue, elle était encore plus bandante. Ce qui était superbe chez Mel c’est qu’elle se comportait comme une moche. Une bombe atomique. Je me suis vraiment appliqué parce qu’elle me rendait romantique.
J’avais envie de voir comment c’était quand elle souriait. Peine perdue. J’ai réussi à la faire jouir. On a recommencé. Je me suis dit que ce serait le vrai bonheur de vivre une nuit comme cela tous les soirs et même un soir sur deux…Je pourrais être l’homme le plus heureux du monde. J’allais l’épouser. Déverser les eaux de la mer, tailler à main nue dans la pierre notre future maison, lui faire des beaux et nombreux enfants, lui offrir des sourires et des bijoux.
Mel m’a servi un verre d’eau. Je la dévorais des yeux et sentais bien que je n’en n’avais pas fini avec ce corps délicieux. J’allais ouvrir la bouche pour la demander en mariage quand la porte d’entrée a claqué. Un clone de Mel a posé son sac sur le canapé sans faire gaffe à mon pantalon roulé en boule. Je n’ai pas eu le temps de faire ma déclaration d’amour. Mel s’est levé et a embrassé le clone à pleine bouche. J’avais envie de vomir. J’ai décidé de ne pas trainer. J’aime le risque et le cul mais pas les plans bizarres. Mel a enfin décroché un sourire et c’était encore plus beau que j’avais pu l’imaginer. Pour être parfaitement honnête, le sourire, il n’était pas pour moi mais pour son clone. Comme quoi la vie est mal faite. Dans la même soirée, je perdais ma future femme et mon plus précieux fantasme. Ça m’apprendra à vouloir faire une bonne action.
Fin
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