Raffinement à la française

 

Roxana ouvre la porte du London Marriott Hotel. Au plafond, elle voit les luminaires ronds et blancs nouvellement changés. Plus loin la salle de réception décorée de fleurs rouges. Ambiance Moulin Rouge. Prendre les billets d’avion pour Londres, passer au pressing chercher les robes haute couture, faire livrer des mets français dans les chambres. Surtout ne pas oublier le chocolat.

Il y a dix ans, elle nettoyait les mangeoires et les abreuvoirs de la ferme de Bernard. Le bienheureux Bernard. Ses parents étaient si tristes de le voir puceau à quarante ans qu’ils avaient contacté une gentille dame. 1500 euros c’était le prix à payer. Quand Roxana avait débarqué dans l’exploitation agricole, elle avait serré les dents. Elle était plutôt habituée aux odeurs d’usine et de circulation. Ses escarpins siglés d’un faux « LV » s’enfonçaient dans la boue devant la porte de la grande batisse.

Très vite, Minsk lui avait manqué. Ses tours, son fleuve, la pluie la moitié de l’année. Ce qu’elle ne regrettait pas c’était sa famille. Ses parents avaient été licenciés suite à la chute de l’URSS. Les coups pleuvaient, elle avait souvent faim. Pas assez d’argent pour intégrer une des universités de la ville. Sa route avait croisée celles d’autres prétendues mannequins et l’avait toute droite conduite dans une des villes jumelées avec Minsk. Ça aurait pu être La Havane mais pour elle c’était Lyon.

Roxana avait serré les dents durant cinq ans. Soixante dix mois à récurer et soigner les pintades, vendre les pommes du verger au marché Place Carnot le mercredi soir, desserrer les jambes à ce grand dadais le samedi soir à 22H30, regarder bêtement la belle mère, hocher la tête quand on lui disait «  catholique ? ».  Au bout de cinq années de dur travail, elle avait fait sa valise, pris un avocat et emmener Caramel son chat.

Roxana s’était inscrite à l’université et avait passé un diplôme en gestion. La vraie vie commençait pour elle. Un jour, elle avait lu dans le très sérieux journal Le Monde qu’un drame se jouait dans deux pays du globe : la Chine et l’Inde. Elle avait souri : une pénurie de femmes.

Agence BelleFrance. Raffinement à la Française.

La liste des invités masculins, cette année, n’était composée que d’asiatiques. Une quarantaine.  « Le Grand bal ». Roxana a insisté pour que le nom de la soirée figure en français sur les cartons d’invitations.

 

Fin


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