Rosa, rosas, rosam….

Lucette. Lulu pour la famille. Qu’est-ce qui est passé dans la tête de son père le jour de sa naissance ? Pour se défendre, le vieux prétexta une erreur de la secrétaire de la mairie.

Lulu, elle a toujours été persuadée que le paternel a voulu se venger des mauvais plats de sa mère. Celle-ci n’osait même pas l’appeler par son prénom officiel. Quand les passants lui demandaient quel était le doux nom de cette charmante enfant aux boucles brunes, elle filait en attrapant la petite fille par la main. Toutes les deux baissaient la tête. Lulu était pourtant magnifique. Dès la naissance, un beau poupon aux joues roses. Des grands cils noirs qui allaient faire tourner les têtes des garçons. Des traits fins de poupée en porcelaine. Une bouche rouge comme une belle fleur. Une fleur rare. C’était un si beau poupon qu’elle n’a pas fait d’autres.

Pour Lulu, ça c’est corsé quand elle est entrée à l’école. Années après années, elle entendait les maitres d’école qui criaient «  Lucette au tableau ». A chaque fois des ricanements, des injures et des surnoms d’oiseaux. «  Lucette la mauviette» « Lucette paupiette ». La jolie Lulu n’avait pas d’amis. On n’aime pas les enfants aux noms bizarres. Elle avait un prénom de vieille. Comme si c’était contagieux.

Tous les soirs après l’école, la fillette se réfugiait dans le jardin de Miss Walter sa voisine anglaise. Cette sexagénaire aux cheveux violet et aux robes orange la faisait goûter au thé et lui apprenait les noms des plantes en latin.

Lulu se découvrit une passion et un certain talent pour les fleurs. Elle parla aussi l’anglais presque couramment. Pendant que ses camarades de collège et de lycée se perfectionnaient en crêpage de chignon et en relations amoureuses, Lulu apprit les roses. Elle leur murmurait des phrases tendres, les nourrissait, les faisait grandir et s’enivrait de leurs odeurs.

Bientôt le voisinage fit appel à cette adolescente. Il venait lui demander conseil. Elle commença sur les conseils de Miss Walter à vendre ses plants et créations. Elle intervenait auprès des rosiers malades et leur redonnait vie comme par enchantement.

Sa notoriété dépassa son quartier et bientôt dans toute la région on pouvait croiser Lulu. Son père l’avait poussé à passer son permis dès ses dix-huit ans et lui avait offert une petite camionnette. Comme pour se faire pardonner de l’avoir affubler d’un prénom lourd à porter.

Lulu fêta ses 25 ans avec ses parents, sans Miss Walter qui était décédée l’hiver précédent. Elle n’avait toujours pas d’amies. Elle n’avait pas eu le temps. Son travail prenait beaucoup d’espace. Lulu se souvint alors de la ville de Mersbourg en Angleterre. C’était la ville où était née Miss Walter.
Un matin, elle vendit sa camionnette, fit sa valise et embrassa ses parents. Leur promettant de leur donner des nouvelles très vite.

Mersbourg était réputé pour son parc floral unique au monde et son concours de création de rosiers. Lulu avait dans ses valises un arbre, fruit de nombreux croisements réalisés les soirs d’hiver.

En quelques mois Lulu se refit une clientèle. Elle vivait à l’étage d’une grande maison blanche. Sa logeuse Miss Smith lui préparait ses repas. Lulu était heureuse. Elle attendit le mois du concours avec une certaine tranquillité.

Le mois de mai arriva. Les jurés n’avaient jamais vu de plante pareille. Lulu gagna le premier prix avec son rosier d’un mètre cinquante. Ce rosier ne possédait que quatre fleurs, chacune avec des couleurs différentes. Lulu se vit également proposer un emploi au parc.

Elle se fit tatouer quatre roses : une sur le pied pour se souvenir que sa vie était faite de petits pas, une sur la main pour ne jamais oublier que ses mains la faisaient vivre, une sur la nuque pour sentir la caresse de la main de sa mère.

La dernière elle la cacha près de son cœur pour l’offrir à celui qui viendrait la cueillir.

FIN


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