Secret de thé

C’est un secret gustatif, un secret fumant, un secret parfumé que je vous livre ce soir. Mon secret ( qui n’en ai pas un quand on vit près de moi !) c’est mon amour du thé.
Le premier thé que j’ai bu m’a été servi dans un gobelet en plastique blanc. Mes doigts brûlaient et la matière souple gondolait à cause de la chaleur. Je n’aimais pas cette saveur âpre. J’y ai rajouté du sucre les premiers mois. C’était à la cafétéria de la fac et je n’avais pas d’argent. J’étais une étudiante lambda mais je ne pouvais pas me permettre de prendre un café à chaque pause. Le thé coûtait moins cher. Il est resté bon marché durant quelques années et n’avait comme fonction que de me réchauffer et m’assurer une certaine contenance face au groupe d’illuminés que je fréquentais.

En effet, j’avais vite remarqué que ceux qui buvaient du thé étaient les plus décalés. Les sérieux et les commerciaux s’abreuvaient de café. Le thé était pour les délicats et les artistes. Le thé se buvait dans les promotions de travailleurs sociaux, d’éducateurs et d’animateurs. On portait des gros pulls et des pantalons colorés. Les années 60 étaient très loin, on n’était même pas nés !

Je ne m’intéressais pas du tout aux endroits de production et au coté politique du produit. J’en appréciais uniquement l’aspect fumeux et enveloppant.

Le thé c’est toujours resté pour moi le symbole de l’arrivée. Pas la route… Sur la route, on doit être réveillé et légèrement en état d’excitation. « Prendre une tasse pour se réveiller » «  un petit noir pour garder les yeux ouverts »….Le thé se boit quand on est arrêté, lorsqu’on a envie de s’éloigner du brouhaha. Ce sont des gorgées qui m’isolent du vacarme quotidien.

Mon thé aujourd’hui a changé. Il a abandonné le sucre et se montre plus exigeant. Il présente les nombreuses facettes de sa création. J’ai découvert les noirs, les verts, les blancs, les amers, les fruités, ceux qui vous font oublier l’endroit où vous êtes.

Un jour, un très vieil ami m’a expliqué que l’eau du thé ne pouvait pas être chauffée au micro ondes. J’ai appris alors les frémissements de l’eau dans la casserole et une nouvelle histoire avec le thé est née. J’ai pris plaisir à m’offrir des raretés.

 Un soir il n’y a pas longtemps mon mari est rentré du travail avec un cadeau : une bouilloire électrique. J’ai abandonné l’ustensile en fer à grand regret et avec quelques réticences, je l’avoue.

Mais depuis je bois deux fois plus de thé. C’est mon nouvel objet magique. Je remplis d’eau, j’appuie sur un bouton et en quelques secondes mon eau frémit ouvrant mes papilles à des saveurs maintes et maintes fois renouvelées. A peine le temps de remplir la boule à thé. Exit les sachets et les thés coupés trop fins…

Alors si vous voulez mon secret du jour c’est que le thé est un être vivant, je peux vous l’affirmer. Il devient mon meilleur ami lorsque la journée au bureau est difficile. Je me suis offerte une tasse magnifique et plusieurs petites boites magiques.

A chaque période de ma journée et de ma vie, je le bois différemment. Il accompagne mes heures, corsé au réveil, fruité l’après midi et bien plus tendre avant d’aller m’enfuir au pays des songes. Il me raconte les voyages que je ne ferai jamais.


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