L’arnaqueur

Définition : Escroc, filou

Nathalie a encore invité les voisins. Je lui ai pourtant dit que je ne voulais plus qu’ils viennent dîner. Lui, je ne l’aime pas. Monsieur Ducon Dubois. Ce grand con toujours tiré à quatre épingles. Il porte des costumes de grandes marques. Italiennes qu’il dit. Toujours achetés en soldes se plait-il à nous raconter dès l’apéritif. Qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Moi, les costumes, j’en porte pas. C’est mon véritable luxe.
Je travaille dans mon « garage » comme tous les grands de ce monde. Enfin un garage tout confort quand même. Je ne suis pas un pouilleux. Imposé à l’ISF, comptes à l’étranger et tutti quanti.

Nathalie (c’est ma douce), elle a le chic pour lancer des invitations aux connards du quartier. Qu’est-ce qu’il faut pas faire….Nathalie, je sais qu’elle s’ennuie sévère toute la journée. Elle ne peut pas entrer dans mon « garage », Enzo va à l’école et elle ne bosse pas. Vieux relent machiste et gros, très gros porte-monnaie. Je préfère qu’elle reste à la maison plutôt que d’aller casser ses ongles manucurés sur un ordinateur étranger. Alors de temps en temps, elle organise des repas. Et quand elle invite les Dubois je sais par avance ce qu’il va se passer.

L’autre brêle va nous rabâcher les oreilles toute la soirée avec ses dernières transactions. Il va tenter de connaître les projets sur lesquels je travaille. Me proposer de me faire rencontrer du monde pour me lancer. Au passage, je verrais bien son sourire quand il prononcera le mot «  travail ». Quel blaireau s’il savait….Les numéros sur mon relevé de compte lui donneraient le tournis.

Il fera la réclame de sa dernière voiture tout en me demandant comment je fais pour rouler avec mon véhicule. Il n’osera même pas dire le mot voiture pour parler de mon tacot. Je l’emmerde Monsieur Ducon Dubois avec sa marque allemande. La mienne est une relique de mes années vache maigre. Chaque fois que je monte à l’intérieur, ça sent le chien mouillé. Souvenirs des vacances durant lesquelles j’ai laissé la fenêtre ouverte. Il avait beaucoup plu cette année là. Nathalie refuse de monter à l’intérieur. M’en fiche. Je lui ai offert une mini. Ça fait dame.

Ducon Dubois, je le regarderais manger et s’exclamer que j’ai de la chance d’avoir une aussi bonne cuisinière à la maison. On ne lui dira pas que tout a été élaboré par Marc C. cuisinier à domicile. Nathalie, c’est ma catastrophe à moi…pour les casseroles.

On entendra aussi Enzo et Edouard courir dans les couloirs, se déguiser et jouer à la guerre. Comme deux vrais petits mecs. Leur jeune âge les protège de la connerie.

La seule chose qui me plaira dans ce repas pourri : c’est Marie. Marie Dubois. Une belle quadra aux cheveux longs. Quand elle penche sa tête et qu’elle me regarde, mon cœur tape à la porte. Bon ok il n’ y a pas que ma tête. Mais ça, j’essaye de garder le contrôle durant le repas. Si je décroche de la conversation et que je regarde ses deux seins, je suis foutu. Marie la garce qui vient me rejoindre souvent dans mon «  garage ».

La première fois c’était durant le mois d’Aout, le fameux, celui où les bonnes femmes partent au bord de la mer pendant que les maris bossent. Monsieur Ducon Dubois avait accompagné Edouard chez ses parents. Marie était restée.

Elle avait préparé un plat de lasagnes trop grand pour elle. J’ai toujours pensé qu’elle avait prémédité cette première fois. Il faisait chaud et elle est arrivée habillée d’une robe blanche légèrement transparente. Ses cheveux étaient détachés. Quand sa main a frôlé la mienne, j’ai su que ma promesse de fidélité allait avoir mal aux fesses. J’ai perdu la tête en collant mon visage entre ses deux seins. Enormes, fermes et généreux.

Alors quand Marie elle vient diner avec son mari, elle porte des décolletés à me faire passer sous la table. Parfois je sens son pied habile s’aventurer entre mes jambes.

On n’est pas amoureux tous les deux. On aime juste s’envoyer en l’air. Partenaires de jeu, amis du garage. Et puis, je l’aime Nathalie.

Mon nouveau jeu vidéo s’appelle L’Arnaqueur. C’est un jeu de rôles dans lequel tu choisis un avatar et tu lui fais vivre autant de vies que tu as envie. Ras le bol de ne pouvoir choisir qu’un seul personnage et le voir mourir deux ou trois fois. Mes fans vont être comblés.

J’ai déjà prévenu mon éditeur que je signerai ce jeu du nom d’Escroc. Escroc en spécial dédicace à ma vie. Un joli pavillon de banlieue, une caisse pourrie, un garage dans lequel j’ai même fait installer un jacuzzi. Une jolie petite famille et des superbes parties de jambes en l’air avec la voisine.


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